Entretien — Écrit

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Documentaire et coexistence des mémoires

2012 — Art, éducation et politique (Sandre Actes) — Français

Propos recueillis par Marie-Hélène Popelard et publié dans l'ouvrage collectif Art, éducation et politique (éditions Sandre Actes). Interrogé sur Route 181, fragments d'un voyage en Palestine-Israël, coréalisé avec Michel Khleifi, Eyal Sivan revient sur la genèse du film — un voyage entrepris fin 2003-début 2004 en suivant la frontière fictive tracée par la résolution 181 des Nations unies (29 novembre 1947) — et sur la distinction qu'il établit entre « partition » et « partage » de la Palestine : le plan de l'ONU, condition de la légitimité de l'État juif, prévoyait un partage assorti d'une coopération économique et politique, et non une partition pure, contrairement à ce qu'en a retenu l'histoire.

Marie-Hélène Popelard : Vous avez réalisé Route 181 avec Michel Khleifi. Pouvez-vous nous en parler et nous dire si, lorsqu'on évoque le conflit israélo-palestinien et ses solutions, on doit parler de « partition » ou d'un « partage » de la Palestine ?

Eyal Sivan : La route 181 n'existe que dans le film. C'est un voyage que nous avons fait avec Michel Khleifi, qui est l'homme qui a fondé le cinéma indépendant palestinien [...]. On a donc pris la carte d'Israël d'aujourd'hui, qui couvre l'intégralité du territoire de la Palestine d'hier, et on a mis dessus la carte de la Palestine qui venait de la proposition votée le 29 novembre 1947 par l'assemblée générale des Nations unies. [...] Le plan proposé par l'ONU — condition de la légitimité de l'État juif — n'est pas un plan de partition de la Palestine mais de partage de la Palestine, et il est bien stipulé sur la carte que c'est un plan de partage du territoire, assorti d'une coopération économique et politique.

L'entretien se poursuit sur la question de savoir si le conflit relève d'une « guerre coloniale » : Eyal Sivan y distingue la situation coloniale, propre à un sionisme qui exclut la possibilité d'un travail indigène et vise à l'effacement de l'« arabité » de la Palestine — y compris celle des Juifs eux-mêmes issus des pays arabes —, et le rôle des cartes et de la géographie comme instruments politiques et militaires : « La carte est comme la mémoire. Or, la mémoire, ce n'est pas ce qui est mais ce qui n'est pas, et la géographie, en Israël, c'est ce qui n'est pas. »

Cet entretien est immédiatement suivi, dans le même ouvrage, de la table ronde « La guerre des mémoires », avec Éric Hazan et Enzo Traverso.

Source : Entretien avec Eyal Sivan, propos recueillis par Marie-Hélène Popelard, « Documentaire et coexistence des mémoires », in Art, éducation et politique, sous la direction de Marie-Hélène Popelard, Sandre Actes, 2012, p. 279-281.

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