Entretien

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Eyal Sivan, réalisateur israélien : « Israël n'a pas de frontières, donc pas de limites »

2024 — Propos recueillis par : Robin Delobel — Source : Investig'Action, 24.05.2024 — Français

Entretien avec Eyal Sivan autour de son essai Un boycott légitime, pour le BDS universitaire et culturel de l'État d'Israël (coécrit avec Armelle Laborie, La Fabrique, 2016), mené alors que les mobilisations étudiantes pour la Palestine se heurtent à la répression. Eyal Sivan y qualifie le moment politique de « crise » porteuse d'une potentialité inédite : jamais la cause palestinienne n'a réuni autant de soutiens, alors même que le peuple palestinien traverse l'un des pires moments de son histoire.

Il revient sur les trois revendications fondatrices de la campagne BDS — retrait des territoires occupés, fin du régime d'apartheid, application du droit au retour des réfugiés palestiniens (résolution 194 de l'ONU) — et rappelle qu'elle émane des organisations civiles palestiniennes, non de l'OLP ni de l'Autorité palestinienne. Il conteste l'argument selon lequel le boycott universitaire renforcerait l'extrême droite israélienne : les universités israéliennes participent, selon lui, à la militarisation de la société, au développement de technologies de répression et à un système structurellement discriminatoire envers les citoyens palestiniens d'Israël.

Une large partie de l'entretien est consacrée au « soft power » israélien et à la Hasbara, cet appareil de communication chargé de façonner l'image du pays à l'étranger — de la légende du « désert qui fleurit » à la promotion de Tel-Aviv comme ville « gay-friendly ». Eyal Sivan y critique également la fonction d'alibi jouée par une certaine « gauche sioniste », qu'il juge historiquement responsable de la discrimination des juifs orientaux et de l'exclusion des travailleurs palestiniens dès les débuts de la colonisation.

L'entretien se penche enfin sur le rôle du sionisme chrétien évangélique — antérieur, selon lui, au sionisme juif lui-même — dans le soutien international à Israël, avant de conclure sur le sens du mot hébreu gvol (frontière/limite) : Israël, seul État membre de l'ONU à n'avoir jamais déclaré ses frontières, illustre ainsi littéralement l'absence de toute limite à ses actes. Comme le résume Eyal Sivan : « Israël n'a pas de frontières… donc Israël n'a pas de limites. »

Lire l'entretien intégral sur Investig'Action

Source : Robin Delobel, « Eyal Sivan, réalisateur israélien : Israël n'a pas de frontières donc pas de limites », Investig'Action, 24 mai 2024.