Revue — Route 181, fragments d'un voyage en Palestine-Israël

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Obscurantisme et censure sur la Route 181

2004 — Français

Le film Route 181. Fragments d'un voyage en Palestine-Israël de Michel Khleifi et Eyal Sivan subit depuis sa sortie des attaques multiples… Tout d'abord de nombreuses protestations et menaces arrivèrent à la chaîne ARTE qui avait diffusé le film en novembre dernier. «Nous avons systématiquement des attaques lors de la diffusion de documentaires ou film sur le conflit israélo-palestinien, ce sont toujours les mêmes personnes, des groupes extrémistes pro israéliens, très bien organisés, avec un réseau sur Internet» nous a expliqué l'attaché de presse d'ARTE.

Dernière en date, et pas des moindres, la scandaleuse censure exercée par le 26e Festival du Cinéma du Réel, festival du documentaire qui a lieu du 5 au 14 mars, au Centre Georges Pompidou à Paris. En invoquant d'éventuels «troubles de l'ordre public», le ministère de la Culture, le Centre Georges Pompidou et la Bibliothèque publique d'information (BPI) ont annulé la deuxième projection du documentaire, programmé hors compétition le 11 et le 14 mars, en clôture du festival.

Les deux cinéastes Michel Khleifi et Eyal Sivan ont affirmé dans un communiqué qu'il s'agit là «d'un grand pas vers le rétablissement de la censure et d'un encouragement aux extrémistes. (…) Céder aux pressions, se plier aux exigences sectaires n'est pas de nature à apaiser les esprits ni à favoriser les conditions d'un véritable débat».

La presse a largement dénoncé l'inadmissible censure exercée sur le film, l'ADDOC (Association des cinéastes documentaristes) a de son côté manifesté sa «stupéfaction» et dénoncé les accusations «infamantes» portées contre les cinéastes.

Les auteurs de Route 181 ont demandé au centre Pompidou de revenir sur cette décision : «Cette décision honteuse est très grave. Elle signe l'incapacité d'une institution culturelle d'Etat à assurer le bon déroulement de la projection d'un film et du programme d'un festival» ont-ils déclaré au quotidien Libération, qui a publié la liste des premières signataires d'une pétition de soutien au film, dont Jean-Luc Godard, Pierre Vidal-Nacquet, Etienne Balibar, Tzvetan Todorov, Julie Bertucelli et François Maspero.

Eyal Sivan a déjà subi de nombreuses attaques allant jusqu'aux menaces de mort. En mars 2003, il avait porté plainte après avoir reçu un colis contenant une balle de 22 mm accompagné du mot : «La prochaine n'arrivera pas par la poste». Fin novembre, le «philosophe» Alain Finkielkraut, dans son émission Qui vive diffusée sur RCJ, avait qualifié le film Route 181 d'«appel au meurtre» et accusé Eyal Sivan d'être «l'un des acteurs de l'antisémitisme juif qui sévit aujourd'hui». Le cinéaste a déposé plainte pour diffamation contre X suite aux déclarations du philosophe.

La censure s'est, de tout temps, attaquée au cinéma. Céder au terrorisme anonyme, c'est permettre à l'obscurantisme de relever sa tête immonde de bête dont le ventre est encore fécond…

Source : Antonia Naim, 01.03.2004

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