Revue — Route 181, fragments d'un voyage en Palestine-Israël

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Shoah politique et cinématographique

2003 — Debriefing.org — Français

Au nombre des personnages ubuesques qui faisaient tache, interviewés dans le documentaire-fleuve de Eyal Sivan, «Route 181» (co-réalisé avec Michel Khleifi, documentaire, vidéo, 272 minutes, 2003), diffusé sur Arte, le 24 novembre 2003, figurait une Marocaine, au discours incohérent, sur lequel je reviendrai à la fin de cet éditorial. La logorrhée de cette dame avait la particularité d'être émaillée, à tout bout de champ, des trois mots hébreux d'une expression israélienne très courante : haval 'al-hazman – qui signifie littéralement : «Dommage pour le temps [perdu]». En éteignant mon téléviseur, après ces quatre heures trente d'un procès ennuyeux à mourir à propos d'un dossier d'accusation pratiquement vide, j'avais le sentiment d'avoir perdu mon temps. Et pourtant, je fais cet effort, parce que je crois qu'il faut porter témoignage, car ce qui compte, ce n'est pas l'appréciation de l'audience mais la défense de la vérité.

Il n'est pas possible de passer en revue tous les détails d'un pseudo-reportage de cette durée. Je me contenterai donc de mettre brièvement en lumière les incohérences et les grosses ficelles de ce document, dont l'outrance et les manipulations grossières s'apparentent davantage aux méthodes des films de propagande politique qu'à celles d'un reportage, même orienté.

Globalement, il faut considérer comme une performance rare l'exploit qui consiste à avoir interviewé une telle brochette de personnages, aussi peu représentatifs qu'il est possible, des deux groupes humains qui se disputent la terre d'Israël. Difficile également de ne pas remarquer la prédilection des réalisateurs pour les vieillards sionistes agressifs et hypocondriaques, les habitués de propos de café du Commerce, les démoralisés et les éternels insatisfaits.

Mais le personnage qui est l'objet de l'attention féroce et obsessionnelle de ce film est, sans conteste, celui du soldat. Les réalisateurs observent les militaires et les traquent sans répit. Certains de ces affrontements sont insoutenables. Seule consolation, en dépit de toutes leurs manœuvres, les réalisateurs ne réussissent pas à faire sortir les soldats de leurs gonds, ni à leur faire commettre la moindre bavure.

Bref, si ce document méritait un prix, ce serait celui de la propagande. Il me reste un doute : si l'on est attentif au mode opératoire du film et à sa longueur, il est difficile d'échapper à l'impression que les réalisateurs avaient comme modèle l'œuvre de Claude Lanzmann, «Shoah». Si c'est le cas, il faut bien convenir que «Route 181» n'a rien à envier à «Shoah»… sur le plan de la durée (4 h 30).

Source : Menahem Macina — Debriefing.org, 25.11.2003

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